Anastasia Rousseau Biographe Montréal


Anastasia Rousseau

Biographe, pas thérapeute. Accompagner sans soigner

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Quand on souffre, la tentation est parfois grande de faire appel à un biographe qui écrira le livre de votre vie, en pensant que cela aidera, en espérant guérir de ses traumatismes. Cet article interroge les enjeux et les limites des ateliers d’écriture et du travail biographique face à la souffrance psychique.

Pourquoi écrire, ou faire écrire pour soi, quand on souffre de traumatismes ?

L’écriture peut-elle panser les blessures de l’âme ? Depuis plusieurs années, les ateliers d’écriture thérapeutiques se développent à la croisée de la littérature, du soin psychique et de l’accompagnement. En accueillant les traces du trauma, ils offrent un espace singulier où la mise en mots devient un acte de reconstruction.

Mais que soigne-t-on en écrivant ? Et qui peut proposer ce type d’ateliers ? Entre démarche artistique, introspection personnelle et processus thérapeutique, la frontière est parfois ténue. C’est ce flou que vient éclairer le travail de Nayla Chidiac, psychologue clinicienne et autrice du livre Les ateliers d’écriture thérapeutique.

Les ateliers d’écriture thérapeutique : des thérapies à médiation artistique

Nayla Chidiac montre comment l’écriture peut accompagner le travail psychique. Elle insiste sur la nécessité d’un cadre contenant et bienveillant, porté par un professionnel formé à la complexité du trauma. Car on ne joue pas avec la douleur. Loin d’un simple exutoire émotionnel, ces ateliers visent un cheminement, une réappropriation du récit de soi, souvent mis à mal par l’expérience traumatique. Entre les mains de personnes non formées, les conséquences peuvent être catastrophiques.

Dans ce contexte, le biographe peut trouver matière à réflexion. Si notre pratique n’est pas thérapeutique en soi, elle nous confronte souvent à des souvenirs douloureux. Être attentif à ces dimensions, sans jamais s’improviser thérapeute, c’est aussi faire preuve d’éthique dans notre accompagnement. C’est prendre une juste place, assumer notre rôle et surtout en accepter les limites, avec toute la lucidité et la prudence qui s’imposent.

Privilégier la thérapie à la biographie

En tant que biographe, je suis souvent sollicitée par des personnes en souffrance, désireuses de poser des mots sur leur mal être, d’être écoutées, comprises, et de trouver une main tendue. Certes, mon métier m’a appris l’écoute active, et les Compagnons Biographes, animés par l’empathie, aimeraient sincèrement toujours pouvoir vous accompagner. Mais nous portons aussi une exigence éthique. « Toute vie mérite un livre », c’est notre credo. Pourtant, en période de grande vulnérabilité, notre recommandation est sans détour : il est essentiel de se tourner d’abord vers un professionnel de santé mentale. Privilégiez une thérapie, pour votre propre bien, pour prendre soin de vous. C’est le plus précieux des gestes, le plus beau cadeau que l’on puisse se faire.

Le reste attendra.