Caroline Grillot
Cousins, cousines… d’ici et d’ailleurs
Les enfants de familles issues de l’immigration souhaitant comprendre le parcours de leurs parents ou grands-parents recourent parfois à un biographe pour dénouer les langues et démêler les nœuds.
Tâche qui demande une certaine compréhension de contextes culturels parfois déroutants que les intéressés peinent à expliquer. La question de la parenté peut s’avérer une question épineuse, non des moindres. Revoir le film Cousins Cousines* nous plonge dans les complexités des relations interpersonnelles au sein des familles françaises, du moins les familles nombreuses encore majoritaires sous les Trente Glorieuses, période que nous explorons actuellement beaucoup. Un arbre généalogique préalablement réalisé permet généralement d’aborder plus sereinement la compréhension des histoires individuelles.
Dans notre système de parenté, nous avons la chance de pouvoir appeler un chat un chat : tante Denise, cousin Arthur ou grand-père Marcel trouvent leur place dans les récits sans que l’usage des prénoms n’offusque personne. Or, il n’en est pas de même dans d’autres systèmes où cet usage est proscrit, mais où chaque individu d’une parentèle dispose d’un terme de référence unique et précis selon sa place dans l’arbre généalogique… sans équivalent dans sa traduction française. Que dire encore des cas où, au contraire, le simple terme de « cousin » renvoie à une myriade de personnages qui, sans toujours être « cousins » au sens strict, en ont toute la fonction sociale et familiale, voire la dépassent. Imaginez le casse-tête du biographe censé raconter – en français – la vie de madame M ou monsieur W à des descendants de familles maghrébines ou chinoises souvent perdus dans ces complexités !
Une solution : faire un arbre généalogique obligatoire en début de projet biographique, accompagné d’un tableau explicatif. Il y figurera, pour chaque individu, l’identité officielle (ex: Wang Jianguo), le terme de référence (mari de la sœur cadette du père), le terme d’adresse (gufu) et son équivalent en français pour le narrateur (l’oncle qui vivait en Chine). Sans oublier de recourir aux notes de bas de page pour éclairer les futurs descendants sans doute encore plus perdus que nous !
*https://www.youtube.com/watch?v=Bp2kh843_R0
Illustration (source : https://chinoistips.com/la-famille-en-chinois/)