Anastasia Rousseau
L’écriture qui guérit. Traumatismes psychiques et traumatismes de guerre.
En tant que biographe, j’ai souvent été témoin de récits marqués par des ruptures, des blessures, des silences, autant d’expériences traumatiques. Ces histoires, confiées avec pudeur ou urgence, disent à quel point le récit de soi est un acte de survie, de lien, ancré dans le monde des vivants, face au traumatisme qui surgit et gèle la pensée.
« Le traumatisme psychique engendre une inhibition de la pensée… »
Psychologue clinicienne, Nayla Chidiac a travaillé auprès de personnes confrontées à des traumatismes. Elle analyse le pouvoir des mots dans des contextes extrêmes, notamment ceux des survivants de guerres, de violences ou de catastrophes : « L’un des désastres majeurs de la guerre est la destruction de la pensée. La pensée est trouée, gelée, parasitée… »
Son livre, L’écriture qui guérit. Traumatismes de guerre et littérature éclaire ce que le récit de soi peut apporter face aux douleurs muettes, indicibles, qui emprisonnent dans le silence. « Mais peut-on écrire ce que l’on vit lorsqu’il s’agit de l’indicible ? »
« L’écriture favorise une reconstruction psychique ».
Pour Jean Paul Sartre : « L’écriture est un acte de thérapie ». Pour Hemingway, elle est « un acte de courage ». Pour Nayla Chidiac, « Écrire protège la pensée. ».
Il s’agit de rétablir un ordre, une structure, une temporalité dans la pensée gelée, se réapproprier ce que le traumatisme a fait voler en éclat. Elle soulève « la difficulté à penser lorsque la mort rôde… »,
Le traumatisme est une fracture spatio-temporelle, les destructions sont aussi « des destructions du lien… ». Sans retrouver la personne que l’on était avant le traumatisme, il s’agit de revenir à la vie, d’être davantage qu’un survivant car « c’est du côté de la pulsion de vie que se trouve l’objectif de lier, de renouer, de retisser ».
« Ce qu’on ne peut pas dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l’écrire. » Jacques Derrida
Ce pouvoir de mise en récit, nous le retrouvons aussi dans le travail biographique. Lorsqu’une personne confie son histoire à un biographe, elle engage un processus de subjectivation : ce n’est plus seulement ce qui est arrivé, mais ce que j’en dis, ce que j’en fais. L’écriture d’une vie, même ordinaire, peut ainsi avoir des effets structurants, voire réparateurs.
Ce lien entre écriture, mémoire et réparation psychique ouvre un espace fécond entre biographie et psychologie clinique. Parce qu’il donne forme à l’expérience, l’écrit peut devenir un point d’appui, une trace, un acte de reconnaissance, et parfois, de résilience.
Sans se substituer au travail thérapeutique indispensable dans le cadre de traumatismes, l’écriture, dans certaines conditions, peut être un soin. Néanmoins, Le biographe ne peut pas se substituer aux soignants. Si vous éprouvez des difficultés, des professionnels peuvent vous aider.