Cathy Reulier biographe


Cathy Reulier

« Tu s’rais pas un peu psy, toi ? »

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Cette phrase, quel biographe ne l’a pas entendue mille fois ? La réponse attendue ? Chacun son métier ! Et c’est vrai. Mais dans la réalité des entretiens que nous menons, au cœur de la relation intime tissée avec nos narrateurs, cette dimension mérite que l’on s’y attarde.

Un peu de sémantique

Le psychologue observe et accompagne les individus souffrant de troubles psychiques en identifiant leurs besoins et en développant des actions curatives adaptées, dans l’objectif de promouvoir leur bien-être et leur autonomie. Un biographe n’a pas cette vocation. En revanche, selon la définition du Larousse, est psychologue « celui qui a une connaissance empirique, intuitive des comportements humains, qui comprend intuitivement les idées, les sentiments des autres ». Le Dictionnaire de l’Académie française dit même : « qui a une grande connaissance du cœur humain. » Je connais peu de biographes qui ne s’y reconnaîtront pas.

 

Comprendre et accueillir les souvenirs

Notre approche est humaine. La matière première mémorielle, ce sont les doux souvenirs, les aventures, les rencontres, les réussites et les échecs, mais aussi les deuils, la violence, celle du passé et du présent. Nécessairement empathiques, nous détectons les infimes secousses, devinons les sous-entendus, comprenons là où le narrateur cherche à nous conduire… sans le verbaliser. Être psychologue dans notre métier, c’est aider à dévider la pelote enchevêtrée de la mémoire, en tirer le fil. C’est être réceptif, attentif, délicat : mettre le dictaphone sur pause quand la voix s’étrangle, offrir d’aller chercher un verre d’eau. Et plus tard, une fois seuls face à l’ordinateur, trouver les mots justes. Sans jamais imposer notre propre interprétation.

 

Ne pas se « substituer à »

Parfois, nous sommes des traits d’union. Combien de fois ai-je entendu : « Puis-je faire lire ce chapitre à ma psy, pour avis ? » Je réponds toujours « proposez-lui ! » Il n’est pas garanti que le thérapeute lise, mais qu’importe, l’échange se focalisera sur l’épisode en question : le pont est établi entre le livre qui s’écrit et le professionnel de santé – qui n’est pas moi. Récemment, l’une de mes narratrices a fait lire un manuscrit entier à sa psychiatre, pour se rassurer sur la propension de son petit-fils à le lire, et savoir à quel âge.

Alors oui, en racontant son histoire personnelle, le narrateur se déleste. Oui, il existe des ponts entre biographes et professionnels de la santé mentale… les premiers ne devant jamais se substituer aux seconds. Vive la complémentarité des compétences !

 

Photo : © Kateryna Hliznitsova pour Unsplash